Le blog « comment peut on être féministe »

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C’est avec joie que nous partageons la découverte du blog « comment peut on être féministe« . Voici des extraits de certains de ses articles:

Sur le partage des tâches ménagères: 

Le partage des tâches, enjeu féministe primordial : « Et toi, concrètement, comment tu fais ? » Ben je fais comme ça. Comme un mec, oui »

– Pour le ménage : j’estime qu’il y a des territoires communs et des espaces privés. Les chambres de mes gosses sont des espaces privés, dans lesquels mon amour de l’ordre et de la propreté n’ont pas voix au chapitre. J’exige d’eux le respect de mon travail, je considère donc de mon devoir de respecter leur univers et leur espace. Leur bordel n’a pas à me perturber. Ma seule exigence est un nettoyage une fois par semaine afin de préserver l’hygiène globale du domicile. J’ai montré comment faire (utiliser l’aspirateur, le chiffon à poussière etc) et ils se débrouillent. Avec mon aide lorsqu’ils étaient plus petits, seuls maintenant. Il est arrivé que les enfants renâclent, à base de « oui mais la mère de Quentin elle le fait, ELLE ! ». J’ai donc fait les sommations d’usage puis posé le marché suivant : « Ou vous faites ce petit minimum que je vous demande, et je continue à respecter votre bordel et votre autonomie dans l’organisation de vos chambres, ou vous me faites chier pour ce malheureux coup d’aspi hebdomadaire et je vous traite comme des bébés dont je serai la domestique : je m’occupe de vos chambres et je fais ingérence dans tout. » Résultat cool. Ils gèrent leur merdier à leur guise et évitent le bouillon de culture.

… – J’ai du apprendre à ne pas faire à la place des autres, à voir des choses faites différemment, à lâcher du lest et à trouver normal de ne pas me surmener. J’ai du apprendre à dire non, et à encaisser les remarques écœurées et outrées des autres femmes qui me disaient « Eh ben dis-donc, si tout le monde faisait comme toi… » (Sous-entendu  : « si tout le monde faisait comme toi, tout partirait en sucette »). Et j’ai appris à répondre : « En fait je pense que tu aimerais bien faire comme moi. Parce que toi, après avoir bossé toute la journée et torché le cul de tes gosses toute seule, à 23 heures, tu repasses pendant que ta famille glande sur le canapé. Si tu penses que c’est ça l’ordre des choses, ça mérite peut-être d’y réfléchir un peu, non ? »

Sur l’injonction aux femmes à aimer les hommes, quelle que soit la situation, et quelle que soit leur attitude (injonction aussi lourdement imposée sur les enfants pour leurs parents). 

Être féministe. Aimer les hommes. Ou pas. 

Le jour où j’ai enfin troqué la phrase « Je ne suis pas féministe, mais… » pour la phrase « Oui, je suis féministe, et alors ? », j’ai eu l’impression d’avoir fait un grand pas. En avant.

… aimer les hommes, ça m’est toujours apparu comme une évidence, à moi la féministe-oui-et-alors. Comme une sorte de prérequis indiscutable, une vérité nécessaire, bienfaisante, qui me garantissait la sécurité ultime, l’assurance d’être écoutée (puisque bon, ça allait, j’aime les hommes), crue (parce qu’au moins, moi, je ne déteste pas les hommes), et perçue comme légitime dans mes paroles et mes actes (vu que je ne suis pas dans la haine des hommes).

Le filtre j-aime-les-hommes à travers lequel je m’exprimais constituait donc le filet de sécurité de ces messieurs, le cran de sûreté qui leur certifiait que tout ce qui sortait de ma bouche ne pourrait remettre en question l’indéfectible lien qui me rattachait à eux, la discrète mais solide verticalité de la circulation des informations entre eux et moi, le cadre dont ils auraient souhaité ne jamais me voir sortir, et surtout le système qu’ils auraient souhaité ne jamais voir menacé. Mon amour des hommes scellait l’inefficacité à long terme de toutes mes tentatives de lutte féministe.

… Il m’a fallu très longtemps pour comprendre que cette apparente spontanéité dans l’estime, l’affection ou l’amour que j’éprouvais devait en réalité beaucoup à une très forte injonction sociale.

Et je le constate avec une constance assez effrayante : que je me positionne en tant que femme ou en tant que femme féministe, si j’omets de formuler, ne serait-ce que de façon tacite à un moment ou un autre de l’interaction sociale, que j’apprécie ou aime les hommes, l’injonction me sera rappelée.

Pourtant, les années passant, et ma patience diminuant, je me sens moins liée par le pacte social d’amour qui a scellé ma soumission à l’ordre masculin.

… Je ne les aime pas et ça ne me dérange pas. Ce n’est pas un élément nouveau qui viendrait s’ajouter à ma réflexion féministe et en réduirait la légitimité, c’est un constat qui a émergé naturellement au fil du temps, et je ne vois vraiment pas où est le problème avec ça. C’est même plutôt rassurant, en terme de bon sens : après tout, ne serais-je pas mal avisée d’aimer par défaut des gens qui n’ont absolument rien fait pour le mériter, bien au contraire ?

… En revanche, les hommes « pro-féministes », les « déconstruits » du (pa)patriarcat, les checkeurs de privilèges,  avec eux j’ai vraiment du mal. Qu’est-ce qu’ils sont cons ma parole. Et qu’est-ce qu’on prend des précautions pour le dire ! C’est devenu une espèce de tabou en pleine croissance, le fait de se farcir ces emmerdeurs hypocrites avec le sourire. Alors que nous sommes beaucoup à ne vraiment pas pouvoir les blairer.

Globalement, j’ai donc fait la paix avec cette incontournable vérité, qui s’est progressivement imposée à moi : non, je n’ai aucune obligation à prétendre que j’aime les hommes, ni en tant que femme, ni en tant que femme féministe. Et je ne vois pas où est le problème. Et je crois que je suis loin d’être la seule. C’est juste assez difficile à formuler, et à assumer ensuite, en plus de tout ce qu’on est déjà obligées d’assumer.

Mon amour convenu pour les hommes m’a tenue en laisse pendant des années. Ne plus me sentir obligée de les aimer, et ne plus me sentir discréditée par ce constat, m’a libérée.

Sur le vécu en tant que militante féministe:

Féministe. Le prix à payer

Le féminisme en milieu militant ? Ta gueule, connasse

Ce n’est plus une femme : c’est une emmerdeuse.

Pour briser les codes sociaux, pour dénoncer les violences, les discriminations, les fonctionnements patriarcaux, le sexisme, les silenciations diverses, les légitimations de comportements oppressifs, quels qu’ils soient, il faut avoir du courage. Nous ne devrions jamais être gênées de le dire, sans qu’il soit pour autant question de nous décerner des médailles, et toute personne qui a un jour élevé la voix contre un ordre établi sait de quoi je parle, même si parmi ces gens qui savent de quoi je parle, nos camarades virils refusent toujours, en 2015, d’intégrer les enjeux féministes à leurs luttes.

Briser les codes (sur tous les terrains de luttes, loin du clavier, sur le web, au boulot, en famille, en collectif, en association) demande de la volonté, du cran, un mental d’acier, et de l’endurance. Ouais M’sieur : on nous prend pour des emmerdeuses, mais nous sommes des marathoniennes. Et en plus, nous courons sous vos jets de pierres.

Car si nous sommes habituées à en prendre plein la gueule en dehors des cercles dits « militants », il est assez sidérant de constater que, systématiquement, le déni le plus véhément vient de nos propres rangs. C’est en interne qu’on prend cher, et c’est aux mecs qu’on le doit. Ce qui est tout de même assez surréaliste.

Alors les gars, et oui, surtout vous, les prétendus militants vertueux, les mecs super à gauche de la gauche de la gauche, vous les figures respectées, vous qui avez tant accompli, tant combattu, vous qui d’une phrase pensez tenir en laisse les chiens de garde du patriarcat pour qu’ils nous mordent dès que nous, pauvres connes, nous nous exprimons en tant que féministes, vous n’avez pas la moindre idée de ce qu’est réellement le féminisme, ou de l’importance que devrait avoir le féminisme dans la société et dans les si vertueuses luttes que vous menez. Vous êtes aveugles. Et ça vous rend bêtes. Ça vous rend même violents.

Ça fait de vous des imbéciles qui préférez penser en meute offusquée plutôt que d’utiliser votre cerveau pour questionner vos fonctionnements et vos raisonnements datés. Habitués que vous êtes à penser en clans de potes, en pour ou contre, en maîtres des lieux, vous avez oublié de réfléchir à un monde qui évolue en dépit de vos privilèges, avec des femmes qui ne se taisent plus.

Nous pourrions nous battre ensemble, mais plutôt que de penser les violences, la discrimination, le sexisme et le patriarcat, plutôt que d’oser questionner vos propres cautions apportées à ce système que vous prétendez combattre, vous nous obligez à lutter contre vous. Il vous semble bien plus logique de considérer chaque remise en question comme une bataille de clans à gagner coûte que coûte, que de vous mettre à réfléchir un peu.

Et quand au final nous jetons l’éponge, quittant l’arène où vous pensez triompher en vase clos, vous croyez encore avoir gain de cause, puisque c’est entre hommes qu’on vous laisse, une fois de plus aux commandes ou croyant l’être, vous gargarisant des dérives sectaires de ces meufs qui ne comprennent rien et qui ne savent pas lire.

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