BDSM

50 nuances de Grey: une analyse féministe 2/4

Publié le

Cette violence, décrite ainsi, paraît choquante. Alors pourquoi ne la voit-on pas en la lisant ?

Nous sommes nombreuses à ne pas y voir la violence décrite ci-dessus, ou à se dire, au mieux, que c’est « mal écrit ». Comment se fait-il ?

La majorité des femmes n’aiment pas la pornographie. Dans la pornographie masculine, les femmes n’y existent très clairement qu’en tant qu’objets utilisés pour le pilonnage des hommes, et la porno ne prétend pas faire croire qu’il s’agit d’autre chose que de cela, même si la femme est montrée en jouir. Ces images nous choquent le plus souvent, nous dégoûtent, ou au pire ne nous paraissent pas crédibles. Et le sujet de ces images est de toute façon l’homme, ou plutôt, son pénis qui assaille les orifices des femmes. Il est impossible pour quiconque de s’identifier à la femme-objet telle qu’elle y est présentée (avilie, chosifiée), et les femmes ne se reconnaissent pas dans cette figure de s… et soumise absolue.

50 nuances de viol a opéré un tournant, car il a réussi à vendre de la violence sexuelle explicite à un public de masse de femmes là où la pornographie dominante ne les atteignait pas jusque-là. Pas en consommatrices directes en tous cas. Même si évidemment, cela fait des décennies que nous subissons l’impact de l’escalade de la culture pornographique et la propagation des pratiques prostitutionnelles brutales vendues comme « libération sexuelle ».

Comment 50 nuances de Grey est-il parvenu à vendre le sadisme sexuel aux femmes, et faire croire que ce n’est pas de la violence mais de l’amour et de l’érotisme ?

Image reconstituée par T.
Image reconstituée par T.

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50 Nuances de de Grey: une analyse féministe – 1/4

Publié le Mis à jour le

Par Anne B.

Adaptation de la couverture originale par T.
Adaptation de la couverture originale par T.

La stratégie médiatique de 50 nuances de Grey

50 nuances de Grey, écrit par la Britannique Erika L. James est un roman en trois tomes tiré d’une fanfiction sur l’univers de Twilight. Il a été vendu à 70 millions d’exemplaires dans le monde, et principalement à des femmes. C’est à l’occasion de la Saint Valentin que son adaptation en film est sorti, appuyé d’un battage médiatique massif.

Écrit comme un roman d’amour, les médias le qualifient aussi de roman « érotique », voire de « Mommy porn » [pornographie pour maman]. Ce qui a largement contribué à en faire un best-seller c’est l’aspect scandaleux du livre, car l’auteur y décrit des pratiques « sadomasochistes » adressées aux femmes, en leur promettant une histoire émoustillante … une forme de pornographie à leur portée.

Nous allons voir combien ce livre n’a rien de la « libération sexuelle » qu’il prétend défendre.

En quoi est-ce de la pornographie ? Et pourquoi faut-il une version « pour les filles » ? Je démontrerai ici que pour vendre aux femmes le sadisme qui caractérise la pornographie dominante, il faut l’enrober de sentiments, le recouvrir d’un vernis d’amour. Je décrirai d’abord les formes de violences qui caractérisent la relation entre les protagonistes et ferai un parallèle entre les pratiques décrites et la pornographie de masse. Puis je montrerai comment cette violence est masquée par un discours sur la jouissance, le choix individuel et le sacrifice au nom de l’amour.

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